L’eau et les feux du diamant
Par Bijoutier à Paris • 27 fév, 2010 • Rubrique : Les Arts et le bijou •Les dangers de l’inconduite
Honoré de Balzac
Voici l’extrait qui a retenu notre attention :
” Elle lui tendit un écrin.
- En me réservant le droit de les racheter ?…
- Oui, madame, répondis-je c’est ce que nous appelons une vente à réméré… L’on cède et transporte une propriété mobilière ou immobilière pour un temps déterminé à l’expiration duquel on peut rentrer dans son bien, moyennant une somme fixée.
Elle respira plus facilement.
Le vicomte fronça le sourcil, car il se doutait bien que l’usurier donnerait alors une plus faible somme sur les diamants, valeur sujette à des hausses et des baisses très capricieuses.
Gobseck était immobile, Il avait saisi sa loupe et contemplait silencieusement l’écrin.
Je vivrais cent ans que je n’oublierais pas le merveilleux tableau que nous offrit sa figure. Ses joues pâles s’étaient colorées. Ses yeux brillaient d’un feu surnaturel. Il se leva, alla au jour, et tint les diamants près de sa bouche démeublée, comme s’il voulait les dévorer. Les scintillements de cette admirable parure semblaient se répéter dans ses yeux. Il marmottait de vagues paroles. Il soulevait tour à tour les bracelets, les girandoles les colliers, les diadèmes, et les présentait au jour pour en juger l’eau, la blancheur, la taille. Il les sortait de l’écrin, les y remettait les y reprenait encore, les faisait jouer en leur demandant tous leurs feux, plus enfant que vieillard, ou plutôt enfant et vieillard tout ensemble.
- Beaux diamants! — Cela aurait valu trois cent mille francs avant la révolution. — Quelle eau ! Beaux diamants ! — En connaissez-vous le prix ?… Non, non, il n’y a que Gobseck à Paris qui sache apprécier cela… Sous l’empire il aurait encore fallu plus de deux cent mille francs pour faire une parure semblable…
Il fit un geste de dégoût et ajouta :
- Maintenant le diamant perd tous les jours !… Le Brésil, l’Asie nous en accablent depuis la paix… On n’en porte plus qu’à la cour…
Mais, tout en lançant ces terribles paroles, il examinait avec une joie indicible les pierres l’une après l’autre.
Sans tache. — Voici une tache. — Voici une paille. — Beau diamant…
Et son visage blême était si bien illuminé par les feux de ces pierreries, que je le comparais à ces vieux miroirs verdâtres qu’on trouve dans les auberges de province, et qui donnent la figure d’un homme tombant en apoplexie au voyageur assez hardi pour s’y regarder.
- Eh bien ?… dit le vicomte en frappant sur l’épaule de Gobseck.
Le vieille enfant tressaillit. Il laissa ses hochets, les mit sur son bureau, s’assit, redevint usurier, et, comme une colonne de marbre, dur, froid et poli.
- Combien vous faut-il ?”
Gobseck :
Ancré dans son rôle de comerçant de la misère, l’usurier tente de réduire les diamants à leur valeur marchande. Il les associe donc à une vulgaire monnaie d’échange dont le cours s’affolerait sans raison.
En même temps, Gobseck ne peut cacher le trouble que provoque sur lui les joyaux. Dès qu’il les prend en main, d’homme sans vie, il se transforme en une personne capable de s’émerveiller. Quelques courts instants, il jouie tout simplement de la beauté des pierres.
Les feux du diamant :
Les diamants brillent de milles feux en raison leur éclat. On parle d’ailleurs du pouvoir de ” réfraction ” et de ” dispersion ” du diamant. Ces pouvoirs sont décuplés par la taille de la pierre. La forme ronde appelée « brillant » offrant les meilleures proportions, maximise la brillance de la gemme.
La lumière qui entre dans le diamant se réfracte en les couleurs de l’arc en ciel, de la même manière que dans un prisme. C’est très précisément l’effet que l’on associe au feu. De cette caractéristique vient l’adjectif « adamantin » qui signifie qui dispose de l’éclat du diamant.




