Des bijoux destinés aux pays du Golfe
Par Bijoutier à Paris • 30 sept, 2009 • Rubrique : A la Une, Secrets de l’artisan •Voici la chronique d’une famille de 4 frères joailliers installés à Anjar, village arménien du Liban réputé pour la bijouterie. Découvrez en image comment se sont créées en un temps record, des parures extraordinaires.
Un enfant talentueux et inspiré qui parvient à en faire son métier
Joseph ACHKARIAN se destine dès son plus jeune âge à la joaillerie. Doué naturellement pour cet art, il apprend le métier dans les ateliers de son village. Sans étudier les bijoux, ni les pierres de façon académique, il commence à dessiner avec talent. Il y a déjà 15 années, maintenant, Joseph a monté son atelier. Il se spécialise avec l’aide de ses frères dans les parures destinées à être vendues au Koweït, en Arabie saoudite, à Bahreïn, au Qatar et aux Émirats arabes unis. Dans le pur style oriental, leurs joyaux brilleront de milles feux quand d’indénombrables diamants les auront recouverts.
D’un dessin nait une parure géante par sa taille mais aussi par sa complexité. Le bijou se doit d’être mobile, harmonieux et léger ! En effet, chaque chaton (pièce en or dans laquelle sera placée un diamant) est articulé afin d’obtenir une pièce qui s’adapte aux courbes d’un cou, d’un poignet… Sous les mains expertes d’une dizaine de salariés, le modèle prend forme puis est fabriqué en or.
Une méthode de fabrication éprouvée
Voici, étape par étape, l’exploit que réalisent semaine après semaine les frères ACHKARIAN.
- Chaque jour, Joseph dont l’inspiration est débordante et semble inépuisable, exécute d’un geste sûr et précis des croquis de parures entières : collier, boucles oreilles (droite et gauche), bague, bracelet. Son trait n’a nul besoin de rectification.

- Joseph réalise ensuite la maquette de sa toute dernière création, c’est un prototype en argent. Habituellement, chaque prototype est constitué d’un assemblage de petites maquettes en dégradé de tailles des plus petites aux plus grandes.
- Dans la pièce annexe, Georges, réalise les moules des différentes maquettes dans du caoutchouc. Pour chaque parure, au minimum trente moules sont nécessaires.
- Les moules sont confiés à une ouvrière qui se charge de reproduire en cire le nombre exact de pièces et chatons requis. Telle de frêles branches orangées, assemblées les unes aux autres, les cires viennent construire un petit arbre touffu.


- Un ouvrier se charge alors de l’opération de fonte à cire perdue. L’arbre de cire est placé dans un cylindre, que l’on rempli de plâtre. Lorsque le cylindre est chauffé, la cire fond, et l’or est alors injecté pour prend sa place dans le moule.

- Des apprentis nettoient les petites pièces et les chatons un par un, à la lime et au papier Emery. Un autre assemble les chatons afin de former comme une chaîne. Un autre, à partir du dessin, met en forme l’ensemble des pièces sur une sorte de pâte à modeler déposée sur un cou métallique. Le cou est recouvert de la pâte afin de prendre la forme finale du collier. Chaque chaines de chaton ou morceaux en or est calé avec précision dans la pâte rouge. Un jeune ouvrier recouvre ensuite de plâtre le collier. L’ensemble est sec au bout d’une heure et le bijou apparait fermement « incrusté » dans le plâtre.

- La pièce est récupérée par Hampig, le soudeur. Celui-ci la chauffe afin de l’en débarrasser de la pâte à modeler. Le plâtre est ensuite chauffé de manière à ce que l’or soit prêt à recevoir les soudures. Chaque élément est soudé un par un à l’aide une flamme très fine et pointue. Le travail doit être réalisé avec grand soin, car l’or fond très vite or la soudure doit être placée à l’endroit exact.

Des parures exclusives payées au poids
Généralement chaque modèle n’est exécuté à pas plus de trois exemplaires. Et les frères ACHKARIAN parviennent à achever deux parures par semaine. La rapidité d’exécution et la richesse des finitions sont exemplaires.
La parure en or pèse entre 300 et 500 grammes, mais le processus de fabrication fait perdre près de 5% d’or. Les frères ACHKARIAN possèdent leur propre stock d’or qui leur permet de faire tourner leur atelier. En effet, les acheteurs ne payent qu’une fois qu’ils sont parvenus à vendre le bijou, soit en moyenne après 3 semaines. La fabrication (façon) de la parure est rémunérée entre 3 et 4 dollars le gramme auquel s’ajoute la restitution du poids d’or utilisé majoré des 5% dû à la perte. Le travail est donc rémunéré au grammage d’or et non à la pièce.
Vasken : “J’ai été le 1er employé de Joseph. Il y a peu d’écart d’âge entre nous, je ne l’ai jamais considéré comme un patron car il est avant tout un très bon copain. Aujourd’hui, il peut être fier de sa réussite, parti d’un seul établi, son entreprise s’est développée et atteint à présent 10 employés.
Mes amis travaillent 10 à 12h par jour, 6 jours par semaine pour un salaire tout juste correct alors que les bijoux sont vendus à des tarifs qui donnent le vertige ! Les joyaux des frères ACHKARIAN sont le fruit de tant d’heures de travail, un long processus de fabrication entre des mains expertes, une œuvre de l’extrêmement petit.”




